• Jean Luc Duval

Suicides de parents d'enfants autistes : notre épuisement est réel mais on garde espoir

Mis à jour : 21 avr. 2018

Le 26 octobre dernier, une femme de 32 ans s’est donné la mort en sautant du huitième étage de l’immeuble dans lequel elle résidait. Elle était mère de deux jeunes enfants autistes. Selon "Le Parisien", il aurait été question que les enfants soient retirés à leurs parents sous peu.


J’ai appris sa mort sur les réseaux sociaux, bien avant que l’information ne soit relayée par la presse. J’ai ressenti de la colère et une immense tristesse. Ce drame, comme pour beaucoup d’autres parents, m’a renvoyé à mon propre quotidien. Je suis papa de deux garçons autistes. Le harcèlement dont a été victime cette famille, les difficultés qu’elle a traversées, j’ai vécu tout ça moi-même. Ma femme et moi aurions très bien pu nous trouver à sa place.


Un enfant autiste à Lille, en 2008

Des appels alarmants au quotidien


Depuis la création du Collectif Citoyen Handicap, j’ai parlé à des centaines de parents. Je ne saurais dire si j’ai été un jour en contact avec cette femme. Je sais seulement que nous ne nous sommes pas parlé récemment. Beaucoup de parents nous appellent parce qu’ils cherchent des solutions ou parfois, juste une oreille attentive et bienveillante.

Nombre de ces familles restent anonymes. Elles font un cours passage dans notre vie, il n’est malheureusement pas possible de faire un suivi de toutes les situations, ni d’entretenir systématiquement une relation amicale et je le déplore. J’aurais tant voulu pour aider cette femme, lui dire que même si parfois la situation semble désespérée, il y a toujours une issue.


Depuis maintenant trois mois, j’ai constaté une augmentation de ces appels que je considère vraiment alarmants : des appels de familles qui se sentent désemparées, à bout de force, épuisées à force de cherche des solutions qui n’existent pas ou apeurées à cause du déclenchement d’une enquête sociale à leur égard.


L'épuisement, le sentiment que rien ne pourra changer


Quand elles m’appellent, elles sont d’abord surprises de parler à quelqu’un qui leur ressemble, qui les comprend. Elles m’expliquent souvent le désarroi qu’elles ressentent face au fossé qu’il y a entre le quotidien qu’elles vivent et les déclarations des associations censées les représenter. C’est cet épuisement, ce sentiment que rien ne pourra changer, qui déclenche parfois des drames. Elles ont l’impression d’être condamnées à perpétuité, condamnées à se heurter à des murs et à voir leurs soucis pousser comme des fleurs dans leur jardin. Malheureusement, ce n’est pas faux.


Dans mon quotidien, cela m’affecte mais je m’interdis de le montrer. Je garde tout cela en moi et je tente tout ce qui est possible. Mon premier réflexe est bien sûr de rassurer mon interlocuteur, de lui faire comprendre que je suis disponible pour elle à tout moment. Ensuite, je cherche des solutions. Parfois j’enchaîne les coups de fil et les nuits blanches, je vais au clash avec certaines institutions si nécessaire.


Je me souviens de Stella, la maman de Mary, à qui les pouvoirs publics n’ont rien suggéré d’autre qu’un placement en psychiatrie pour sa fille qui souffrait. Une solution inacceptable pour Stella et pour les parents d’enfants autistes. La situation a été réglée en moins de 24 heures quand elle a menacé de s’immoler. Depuis, j’ai gardé un lien très fort avec elles deux. Je le dis souvent, j’aide chaque enfant comme s’il était le mien.


Enrayer l'engrenage du suicide


Aujourd’hui, nous sommes dans une situation de blocage. Un trou béant sépare les attentes de ces parents et les demandes qui sont transmises aujourd’hui aux pouvoirs publics. Ceux qui sont censés nous représenter sont tellement loin de nos préoccupations. Des lois existent mais elles ne sont pas appliquées : les personnes handicapées ne sont pas considérées comme des citoyens mais comme des problèmes.


Le choix de les séparer du reste de la population dès l’enfance a créé une fracture profonde. C’est 10% de la population qui est invisible, alors que la mixité pourrait apporter beaucoup de choses à la société. Permettre cette mixité, rendre la dignité à cette population et lui donner une chance de montrer ce dont elle est capable, sont les clés à ce problème.

Au fond, nous ne demandons rien de plus que la garantie la plus stricte du respect des droits fondamentaux. Le droit de vivre comme chaque citoyen, sans entrave.


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